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6 heures, je me lève. Dans une heure j’ai rendez-vous avec Hervé pour un cours de gymnastique. Il habite à cinq minutes d’ici et comme je ne supporte pas d’être en retard je prends de l’avance sur l’horaire.
Cela me laisse largement le temps de me doucher, de prendre mon petit déjeuner et aussi, c’est très important, de réviser dans ma tête le déroulement exact de mes rendez-vous de la journée afin d’être certain de ne pas me tromper. Je bétonne en quelque sorte.
7 heures me voilà chez Hervé. Bien que matinal c’est un rendez-vous que j’apprécie par son aspect convivial et utile à la fois. Hervé m’a été recommandé par un autre de mes clients dans le but de soulager son mal de dos. Lors de notre premier cours, il y a environ un an, il m’a raconté qu’il lui arrivait de plus en plus souvent de se coincer au niveau des reins. Son ostéopathe le soulageait bien mais la rémission ne durait pas et son dos se coinçait de nouveau peu de temps après. Excédé par ses blessures à répétition il a décidé de changer de méthode et de faire appel à mes services.
D’expérience je sais que la meilleure chose à faire dans ces cas là c’est d’assouplir les muscles prioritairement sollicités part notre mode de vie et de renforcer les autres pour remettre le corps en équilibre. Alors j’étire ceux de l’intérieur et de l’arrière des cuisses et je renforce les fessiers, les abdominaux et les épaules. Je le fais toujours en proposant des exercices adaptés aux capacités de chacun. Quand un mouvement ne convient pas j’en change. Ce qui me paraît important c’est que mes clients se sentent bien pendant et après le cours. C’est l’avantage qu’offre le coaching, c’est pour ainsi dire du « sur mesure ». Avec le temps je les connais tous bien et j’adapte mes programmes d’entraînement en fonction de leurs besoins et de leur demande, parfois un petit peu plus jamais moins. Le cours terminé, je me dépêche car quinze minutes après je suis attendu ailleurs.
Je me déplace en scooter. Le quart d’heure ou plus, que je consacre à mes déplacements n’est ni trop long ni trop court. Juste ce qu’il faut pour rouler en toute sécurité et sans stress, sûr d’être à l’heure.
8h15 j’arrive chez Pascal. Il a à peu près le même âge qu’Hervé 50 ans, mais sa demande est différente. Il y a maintenant cinq années de ça il a été victime d’un accident cardiaque et sur le conseil de son cardiologue il doit faire de l’exercice physique pour assainir son corps.
Même s’il était sédentaire et qu’il mangeait plus qu’il ne lui était nécessaire il pense que c’est surtout le tabac qui est responsable de son infarctus. « Je le pense car il n’y a pas d’antécédent familial dans ma famille, je suis le premier » m’avait-il dit avant que nous commencions nos séances.
Dans la mesure où un accident cardiaque est toujours très anxiogène il craint encore aujourd’hui la récidive.
C’est pourquoi, dès notre premier rendez-vous, il n’était pas certain de pouvoir faire de l’exercice physique d’endurance. Courir lentement pendant plusieurs dizaines de minutes sans être essoufflé un seul instant. Il angoissait même à l’idée faire le tour du pâté de maisons en trottinant seulement.
Sans le forcer outre mesure, j’ai progressivement gagné sa confiance et lui ai fait admettre que c’était possible. C’est ainsi qu’il su dépasser relativement ce blocage. Mon rôle s’est limité à l’accompagner dans la réalisation de son effort en l’incitant à causer d’une chose et d’autres pendant notre parcours afin de le libérer de ses inquiétudes. Aujourd’hui nous courons ensemble deux fois par semaine à raison d’une quarantaine de minutes par séance sans problème.
Par précaution il porte sur lui un cardio-fréquences-mètres de façon à toujours contrôler on rythme cardiaque. Je fais en sorte qu’il ne dépasse jamais 130 pulsations par minutes.
Par prudence, deux fois par an il passe des examens médicaux, il vérifie ainsi l’état de son cœur, de sa tension artérielle et la composition de son sang. Tout va bien. Lorsque je lui demande ce qui a changé chez lui depuis son accident, il me raconte que désormais ce qui compte c’est de maintenir l’équilibre entre sa vie familiale, sa vie professionnelle et personnelle. Le reste est devenu superficiel, il n’est plus en quête de reconnaissance sociale sa priorité reste d’être heureux et en bonne santé bien qu’il nourrisse quelques projets de diverses natures.
Après le jogging, nous rentrons chez lui pour dix minutes de relaxation. De simples mouvements respiratoires lui permettent de retrouver rapidement son rythme cardiaque de repos. C’est bon signe car cela indique que son cœur est parfaitement élastique et qu’il s’adapte bien à l’effort. Un verre d’eau et me voilà repartit.
9h15, je suis chez Arturo. C’est un monsieur de 85 ans qui possède encore pour son âge avancé une bonne forme physique. Avec lui je fais le tour du globe, il me raconte souvent des histoires sur sa vie quand il travaillait à l’UNESCO.
Mais comme toutes les personnes de sa génération il souffre d’arthrose et c’est pour ça que je le vois. Ses cartilages articulaires sont usés et lui infligent des douleurs difficilement supportables alors je fais de mon mieux pour les atténuer. Je lui propose des exercices dépourvus de contraintes mécaniques. Il mobilise ses membres dans le vide, jamais allongé, toujours debout, voire assis quand la fatigue se fait sentir en fin de séance. Je lui demande aussi de marcher en comptant le nombre de ses pas dans toutes les langues qu’il connaît. En anglais, en espagnol, en italien, en allemand et même en cantonnais. C’est amusant et nous passons un bon moment ensemble. Je ne reste qu’une demi-heure avec lui ensuite je file voir un groupe de mamans.
10h. Le cours a lieu toutes les fois chez l’une d’entre elles en fonction de leur disponibilité respective. C’est un cours dynamique et bruyant.
Dynamique car le rythme est assez intense, bruyant car les femmes lorsqu’elles sont entre elles parlent beaucoup. Je l’ai appris par expérience. Il m’arrive, quand les limites de l’acceptable ont été dépassés, de leur demander vigoureusement de se taire, mais d’ordinaire je gère ce phénomène dans la bonne humeur. Après tout elles sont là pour se détendre alors à quoi bon leur imposer un cours magistral. Je pense que la solennité cache la médiocrité ou à tout le moins une forte incompétence. Je n’ai pas besoin d’être trop autoritaire pour me faire entendre. Avec elles je vise à renforcer principalement les abdominaux et les fessiers. C’est ce qu’elles recherchent avant tout pour satisfaire leur désir de rester séduisantes et d’avoir une silhouette agréable à leur propre regard. Ca ne me dérange pas car ces deux groupes musculaires participent au bon équilibre de l’ossature et combattent ainsi le mal de dos. Mais subrepticement j’arrive quand même à leur faire travailler les autres parties du corps sans qu’elles feignent de ne pas s’en aperçoivent vraiment. Du moment qu’elles discutent.
11h15. C’est l’heure de Bernard.
Avec lui j’ai appris à ne pas imposer mes points de vue. Si certaines personnes adhère au discours immédiatement d’autres restent réfractaires. Et bien qu’ils fassent appel à mes services pour répondre à un besoin, ils attendent de trouver eux même la solution à leur problème. Ce type de raisonnement n’a rien d’anormal, il fait partie de la nature humaine alors je compose.
J’ai écouté Bernard plus qu’il ne m’a écouté mais les résultats sont là.
23, c’est le nombre de kilogrammes qu’il a perdu depuis que je le connais. C’est considérable mais cela n’est rien par rapport au combat qu’il a mené en même temps pour cesser de fumer.
Dès qu’il a pris conscience qu’il devait changer pour perdurer, il ne lui a fallu qu’une seule une année pour se débarrasser de son obésité et du tabac. « Maigrir n’est rien au regard de la souffrance que j’ai endurée pour ne plus toucher à la cigarette» me répète-t-il à l’envie.
Avec difficulté et détermination, passé 50 ans, il est arrivé à ses fins « pour voir ses enfants passer le bac ». Depuis il marche seul plusieurs fois par semaine d’un pas rythmé pour entretenir son cœur et renforce et assouplit sa musculature en ma compagnie.
Et quand je lui demande : « et moi que vous ai-je apporté dans tout ça ? ». Il me répond qu’au cours de son cheminement j’ai su exprimer « les mots qu’il fallait quand il le fallait ». Ce n’est donc pas ma compétence technique qu’il lui a permis de réussir ce combat mais bien le sentiment d’être accompagné et encouragé discrètement pendant tout ce temps.
12h30. C’est l’heure des avocats. Le cours se déroule dans la salle de fitness lorsque le cabinet en est pourvu ou alors dans la salle de réunion. Qu’importe, on se débrouille avec ce que l’on a. Tant que la motivation est là. En musique ou pas, la séance est la même pour tous, dynamique et concentrée. Tout le monde se donne à fond, l’important c’est d’oublier un instant les dossiers, de se libérer du stress si fortement lié à cette profession et de sortir « rincés » du cours. Alors dans la bonne humeur et la détermination on fléchit, on tend, on pousse, on tire, bref on contracte et on étire ses muscles sur un rythme élevé sans oublier de souffler bien sûr. J’en profite pour faire ma gym avec eux.
Vous vous demandez sûrement pour quelle raison moi aussi je fais ma gym à ce moment là ?
Parce si je ne le fais pas le temps qui passe va rendre mes muscles faibles et raides. Mon corps se courbera progressivement jusqu’à ressembler à celui « d’Âgécanonix ». Et comme je ne veux pas devenir ce personnage, certes sympathique, mais qui se déplace en regardant ses pieds avec une canne dans sa main je bouge avec eux pour rester jeune le plus longtemps possible.
Juste avant la fin, on se relâche doucement jusqu’à retrouver, le stress en moins, notre état de repos initial. Et c’est comme ça tous les jours entre midi et deux heures.
14h30 Je rentre chez moi pour déjeuner. Je mange peu et équilibré. Une protéine, quelques crudités, un peu de féculents, un fruit, parfois je rajoute un yaourt et c’est tout. C’est suffisant pour combler mon appétit et ne pas souffrir de la faim. J’ai l’habitude de me nourrir ainsi, ça ne me dérange pas bien au contraire. C’est bon pour ma forme et c’est bon pour ma santé. De toute façon je ne peux faire autrement, repus je ne pourrais pas rester éveillé pour animer mes cours l’après-midi comme mes clients sont en droit de l’attendre. La compétence technique ne fait pas le succès à elle seule, il faut nécessairement l’y adjoindre un degré de présence suffisant pour le garantir.
Un café, sans sucre, et je repars.
Dans une demi-heure j’ai rendez-vous avec un adolescent pour corriger sa mauvaise posture vertébrale. Ensuite j’enchaînerai avec
deux autres clients pour un entretien physique classique et je terminerai vers 20 heures mon dernier cours en compagnie de François. Je vais courir avec lui près de la tour Effel. Nous
échangerons comme d’habitude toutes sortes d’idées qui accompagneront nos foulées. C’est ce que nous appelons modestement « nos conversations du
Champs de Mars ». Ensuite je rentrerai chez moi passer le reste de la soirée en famille.
Voilà, ma journée est loin d’être terminée.
Photo Vinca.
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