Faire sa gym au bureau

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J'ai nagé pour ne plus avoir mal au dos.

 

1990. Je suis toujours en fonction à la piscine de la Plaine, rue du général Guillaumat dans le 15ème arrondissement de Paris.

Ce qui a changé ? Presque rien, excepté le fait que je suis titulaire du diplôme de préparateur physique depuis deux ans mais que je n’exerce pas encore ce métier.

La « sécurité de l’emploi » a eu raison de mes velléités d’entreprise. Par confort, j’ai choisi de rester fonctionnaire. Il faut dire qu’au dehors la conjoncture n’est pas propice à l’aventure libérale car pour l’instant le marché du fitness a encore du mal à se développer. Alors je ronge mon frein en attendant des jours meilleurs.

Ce qui m’ennuie c’est que je n’apprécie pas à sa juste valeur mon métier actuel. J’y suis arrivé par défaut, uniquement pour gagner ma vie et c’est bien là le problème. Au début j’y ai trouvé quelques motifs de satisfaction mais mon attention s’en est vite détournée et alors qu’il serait bon que je m’y consacre entièrement. Pour tout dire je l’exerce partiellement dans l’espoir de trouver, en marge, une autre activité qui me permettrait de m’évader un peu de cet univers. C’est normal. A mon âge, presque trente ans, je souhaite faire de ma vie quelque chose de constructif et la fonction de maître-nageur supporte encore trop mal la connotation de « petit métier » pour me satisfaire pleinement.

C’est la raison pour laquelle j’ai accepté l’offre du Président du Neptune Club de France. Le soir, passé dix neuf heures, je suis l’entraîneur de ce club de natation. Cette promotion associative me permet d’arrondir mes fins de mois et surtout me procure le sentiment de sortir de l’anonymat. A la mairie je suis un pion parmi d’autres, au club, je suis le décideur.

 

Tout ne va donc pas si mal sauf le fait  que mon dos me fait souffrir et ce mal me tourmente suffisamment pour m’empêcher de travailler sereinement. Je ne sais pas vraiment quelle en est la cause. Est-ce une douleur d’ordre psychologique ou est ce la résultante de mauvaises postures ? Je me pose la question. En attendant de trouver la réponse, à la place du football, je nage depuis un certain temps déjà dans l’espoir d’atténuer cette souffrance.

La reprise de ce sport s’est avérée pénible car je n’avais pas nagé assidûment depuis l’année 1984. Quand je m’y suis remis je n’avançais pas, mes bras moulinaient et j’avais l’impression de faire du surplace. Heureusement par la suite les choses ont changé, avec l’entraînement ma force s’est accrue et mes appuis dans l’eau sont revenus tout naturellement. Cela m’a permis de me réconcilier avec cette activité et alors que j’en attendais uniquement un salut vertébral, j’en ai retiré du plaisir.

Ce qui est agréable c’est l’eau qui glisse sur ma peau. J’adore ça. Mais je ressens cette sensation seulement quand je me concentre sur mes gestes et que je fais l’effort de bien nager. Sinon, je patauge. Alors je fais attention à ce que je fais. A chaque mouvement j’allonge bien mes bras devant et derrière moi, je souffle au bon moment et ça marche.

La séance terminée, de nouveau au sec, j’attends avec impatience le lundi suivant pour recommencer.

Cela étant, dans toute cette histoire ce que je redoute le plus c’est la mise à l’eau. Un comble pour un maître nageur. Je déteste ça. C’est un moment éphémère mais néanmoins très désagréable que j’appréhende à chaque fois. Je pénètre dans l’eau côté petit bain puis les bras levés j’avance lentement  jusqu’à la taille pour me lancer ensuite entièrement en poussant des cris stridents. Une fois complètement dans l’eau, je m’ébroue comme le font les chiens lorsqu’ils se baignent, puis je nage énergiquement le temps que mon corps se réchauffe. Ce n’est pas une méthode très académique mais au final elle marche relativement bien alors je la garde.

Comme je crains de me faire mal aux vertèbres, j’ai volontairement écarté de mon programme d’entraînement le papillon et la brasse. Je me concentre exclusivement sur les deux nages sportives restantes, le crawl et le dos crawlé.

Ma séance dure soixante minutes. Ce n’est pas assez long pour les nageurs de compétition mais pour moi c’est amplement suffisant bien qu’il m’arrive parfois de ne pas pouvoir atteindre les objectifs que je me suis fixés faute de temps.

Il faut dire que je prépare ces séances avec autant de minutie que celles de mes nageurs. Je m’efforce notamment de diversifier les exercices pour ne pas tomber dans la monotonie. Une longueur sur le dos, une autre sur le ventre, deux avec les jambes, quatre avec les bras etc. De cette façon le temps passe vite, je ne s’ennuie pas et s’il m’arrive de temps en temps d’être fatigué c’est seulement à la fin.

 Mais quand je nage bien et que je glisse dans l’eau, comme le feraient les barques après chaque coup de rame, je ne m’épuise pas, bien au contraire j’ai l’impression de me revitaliser. C’est bon pour mon corps et c’est bon pour mon dos.

Mon dos justement, il se fait plus discret.

Je pense que c’est parce que je nage. Mais je pense aussi que ça va mieux parce que je suis moins préoccupé par mon avenir depuis que j’entraîne le club. Cela a dû jouer d’un côté comme de l’autre.

En tout cas une chose est sûre, je retiens volontiers que c’est bien parce que je me suis pris en main que je vais mieux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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